Article sud ouest du samedi 30/08/2008
Quand, en 1983, Sony a implanté son usine dans la pinède de Pontonx (Landes), la multinationale voulait un cheval de Troie
en Europe. Aujourd'hui, le directeur général du site, Éric Cavel, évoque un chiffre d'affaires en recul de 5 millions d'euros pour le dernier exercice. L'unité, à la production de plus en plus
obsolète, n'intéresse plus la maison mère. Sony s'en va. Désengagement que la société nippone promettait d'accompagner en investissant dans un projet de reprise, notamment emmené par Éric Cavel.
Mais après un second comité d'établissement (CE) infructueux jeudi, ce dernier ne croit plus à un rebond favorable. « C'est un beau désastre », confiait-il hier.
La perspective d'un plan social n'a jamais été aussi proche. Et Éric Cavel voile à peine ses mots pour suggérer que c'était
peut-être là l'objectif de « certains ». Il désigne une partie de la représentation salariale qui se refuse à se prononcer sur le plan de reprise. « On a manipulé les esprits en faisant croire
qu'un plan social vaut mieux que l'emploi. On ne parle que de primes et de sommes folles pour un plan social faramineux. »
Éric Cavel dénonce une « démarche de blocage » suivie par le CE. Quand le délégué CGT, Patrick Hachaguer, martelait encore jeudi :
« Les salariés veulent des garanties. » Ceux-ci ne cachent pas leur suspicion vis-à-vis de l'attelage de repreneurs. Éric Cavel a initié Daxtec. Il s'est associé pour acquérir l'usine à un
consortium emmené par Sylvain Antol, jusqu'ici PDG de Sony France et ancien vice-président de Sony Europe. Dans ce consortium figure notamment Business création, un partenaire néerlandais en forme
d'épouvantail pour les salariés. Il avait repris Sony Bayonne en 2001 qui, deux ans après, déposait le bilan.
Pas d'avis. Le projet des repreneurs associés
voulait, en grande partie, réorienter la production pontoise vers le photovoltaïque (capteurs pour panneaux solaires). Sony suivait, prompt à soutenir financièrement l'initiative et gonfler le
carnet de commandes de la nouvelle entité. « Sony met beaucoup d'argent pour assurer le redéploiement », plaide Éric Cavel. Cela se chiffrerait en dizaines de millions d'euros. Pour se prononcer,
les représentants du personnel voulaient se baser sur l'étude du cabinet Sécaphi-alpha censée évaluer la viabilité du plan de cession. Cette étude rendue et examinée jeudi, le CE a donc refusé son
avis.
« L'avis du CE n'est que consultatif, relève le directeur général de Sony Pontonx. Sony pourrait s'en passer et vendre. Mais Sony
ne veut pas aller à l'encontre de ce que souhaitent les représentants des salariés. Et le message qu'ils envoient, c'est qu'ils préfèrent la fermeture. La situation est maintenant claire pour Sony.
»
« Tout est fini ». Le CE devra encore se réunir.
Mais Éric Cavel affirme ne plus croire au sauvetage de l'unité et de ses emplois. « Tout est fini », dit-il même. Avant d'entrouvrir cette petite fenêtre : « Sauf si les gens se mobilisent vite
pour dire que le CE n'a pas exprimé l'opinion majoritaire. » Le directeur tente-t-il un électrochoc en agitant la perspective d'un plan social ? Joue-t-il ici un va-tout ? « Il est trop tard pour
faire de la manipulation », assène-t-il.
Hier, lui et Sylvain Antol étaient convoqués chez le préfet. Celui-ci n'a pas souhaité communiquer sur leur rencontre. Il doit
réunir les porte-parole des salariés la semaine prochaine. Hier, malgré nos appels répétés, nous ne sommes pas parvenus à joindre Patrick Hachaguer, ni Sylvain Antol. Contacté dans la soirée, le
président du Conseil général des Landes Henri Emmanuelli était occupé par les affaires internes du PS à La Rochelle. Il n'a pas fait de déclaration.